Nous sommes tous Charlie. Bernard Maris lui a disparu, mais pas encore la servitude volontaire….

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Nous sommes tous Charlie.

A peine ce petit blog commencé, la douleur et la peine nous retiennent loin de lui. Je n’arrive pas à lui redonner la légèreté que je lui souhaitais. Je vais attendre quelques jours pour reprendre la plume et mes aiguilles. En attendant, relisons ou achetons l’Antimanuel d’économie de Bernard Maris. Ce sont toujours les meilleurs qui partent ….

«Le progrès, le savoir, la culture, les inventions, l’art, la civilisation sont la part gratuite de l’humanité. C’est parce que l’humanité réagit gratuitement aux destructions marchandes qu’elle progresse. C’est parce qu’elle invente la prophylaxie après la peste de 1720 à Marseille, parce qu’elle nettoie les plages polluées après le naufrage de l’Erika… » « Heureusement, dans la dialectique marchand-gratuit, le gratuit finit par triompher. Mais sommes-nous condamnés éternellement à réparer, puis dépasser les dégâts liés à la cupidité ? Beaucoup de penseurs se sont penchés sur la question d’une meilleure organisation de l’économie. Ce sont les socialistes utopiques (Fourier,Saint-Simon, Bazard, Enfantin, Proudhon, Silvio Gesell, Jacques Duboin). Leur lecture est autrement passionnante que celle des Friedman ou des Buchanan. Ils ont parfois proposé des « utopies », des « meilleurs des mondes». Méfions-nous des « meilleurs des mondes » car ce sont des prisons. Lorsque Fukuyama dit que le marché est indépassable, il pense : vous êtes à jamais en prison. Vous n’aurez jamais l’espoir d’aller au-delà du marché.
Mais nous n’avons pas la prétention de réfléchir au « meilleur des mondes». Laissons cela aux concepteurs de panoptiques. Simplement, ayant pris acte de la grande puissance du modèle libéral et des forces collectives qui le limitent, réfléchissons à la viabilité de formes économiques autres que marchande, et pouvant cohabiter avec elle. Après, tout est question de morale : à chacun de savoir s’il achète des objets produits à la sueur d’enfants martyrisés, de la nourriture empoisonnée par des agriculteurs, s’il préfère se déplacer à vélo ou en 4×4 en plein centre ville. » p 144

« L’économie marchande accapare ce qu’elle n’a pas le droit de s’approprier: l’esprit de gratuité de la recherche et de solidarité qui explique la synergie et les rendements croissants. Elle en tire des profits monétaires et symboliques auxquels elle ne peut prétendre. Comme des tribus du désert utilisent abusivement le sous-sol des pays qui, par le plus grand des hasards, les a vues naître, le capitalisme accapare le savoir passé, l’esprit d’invention et de recherche, l’esprit d’équipe, la solidarité en cas de difficultés, le don.(…) La gratuité et la solidarité laissent augurer de ce que pourra être la société de demain, lorsque le problème économique aura disparu.
Il se peut que l’idéologie économique règne jusqu’à la fin des temps : Orwell, Huxley ont raconté la fin de l’histoire et l’éternité de l’horreur économique bien avant Fukuyama. Mais faisons un rêve : lorsque l’économie et les économistes auront disparu, ou du moins auront rejoint l’«arrière-plan », auront aussi disparu le travail sans fin, la servitude volontaire et l’exploitation des humains. Régneront alors l’art, le temps choisi, la liberté. Qui rêvait ainsi ? Keynes, le plus grand des économistes. » Conclusion p 154

Bernard Maris lui a disparu, mais pas encore la servitude volontaire….

2 thoughts on “Nous sommes tous Charlie. Bernard Maris lui a disparu, mais pas encore la servitude volontaire….

  • janvier 14, 2015 at 8:49
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    Très beau billet! Bernard Maris enchantait mes trajets du vendredi. Merci de lui rendre hommage

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