Résiste, prouve que tu reprises !

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Dans la lutte nécessaire contre la Fast Fashion, il y a une pratique qui a encore trop mauvaise réputation. Parce qu’elle est jugée rébarbative, ingrate, peu esthétique, ou qu’on a perdu les savoir-faire qui y sont associés. Il s’agit donc du raccommodage, ou du rapiécetage, ou du reprisage, ou du ravaudage, ou du remaillage….  les termes sont nombreux mais on remarquera que peu d’entre nous savent les distinguer. J’ai commencé à m’intéresser à cette pratique il y a trois ans si vous vous souvenez de ce billet et à l’époque comme aujourd’hui j’ai été étonnée de trouver peu d’informations précises sur le sujet sur internet. Récemment je me suis replongée sur le sujet avec une volonté de retrouver les vraies techniques anciennes et je me dis que ce serait bien d’offrir au monde de l’internet enfin un vrai article sur le sujet. Je me retrousse donc les manches et c’est parti. (Allez vous chercher un petit encas sans gluten cela va être un peu long…)

Comme pour beaucoup d’habitudes du zéro-déchet, nous devons regarder du côté de nos grands parents et plus loin encore . Auparavant, le reprisage était une pratique extrêmement commune et toutes les femmes savaient ravauder, repriser, remailler, faire une reprise à couture rabattue, changer un fond de culotte….Je ne dis pas qu’elles le faisaient avec plaisir ….Ce n’est pas pour rien que le reprisage a cessé d’être une pratique commune à partir des années 1960, l’avènement de la société de consommation n’est pas la seule raison, la naissance du féminisme y est pour beaucoup, et à juste titre.

Quand on apprenait le reprisage à l’école ….

Installation réalisée à l’occasion de ma conférence sur le reprisage et l’upcycling à la maison du zéro déchet en février 2018. Ces tambours et pièces de linge étaient à disposition  du public pour s’exercer aux différentes techniques.

L’entretien du linge s’apprenait à l’école. Cet enseignement était délivré aux filles exclusivement ( les garçons faisaient de la menuiserie pendant ce temps là ) à partir de 1836. Il a été instauré au début de l’enseignement primaire républicain et n’a été abandonné que dans les années 1960-70 , en étant relégué peu à peu au temps périscolaire jusqu’à disparaître complètement avec l’avènement de la société de consommation moderne . Et aujourd’hui qu’un vêtement coûte parfois moins cher que le nécessaire de couture à la main pour le repriser, le réparer semble totalement incongru pour beaucoup d’entre nous. Pire ça pourrait donner l’impression qu’on est pauvre ! Parce que ce n’était évidemment pas des considérations écologiques qui guidaient les mains appliquées de toutes ces braves ménagères, mais bien un soucis économique. Un vêtement coûtait un certain prix, enfin un prix  juste…pas le prix d’un Tee-Shirt made in Bangladesh. On prolongeait donc sa vie le plus longtemps possible, et il n’était pas rare de voir se superposer les pièces sur les reprises au point de toile par exemple.

En 1836 donc, on inscrit  cet enseignement obligatoire pour les filles et c’est une épreuve obligatoire pour l’obtention du brevet de capacité de l’enseignement élémentaire. Comment se passait cet enseignement ? Dans la classe ou dans un ouvroir en dehors de l’école pour les classes mixtes, on réunissait les petites filles dès 3 ans autour de la maitresse , ou d’une femme du village, parfois autour de la femme de l’instituteur. L’enseignement a mis du temps à être encadré par des programmes et des consignes précises. Au début il s’agissait des travaux de la maison qui étaient donnés aux enfants et chacun avait un ouvrage différent. J’ai lu que certains instituteurs arrondissaient leurs fins de mois en faisant payer des raccommodages effectués par leurs meilleures élèves ! Peu à peu , l’état fixe un cadre et apparaissent les fameux cahiers de travaux d’aiguille. Celui que je vous montre ci dessous, appartenait à la grand mère d’un ami. Il est bien représentatif des cahiers dont je parle .

Une partie est consacrée aux travaux d’aiguilles en général mais la réparation du linge y tient une grande part également, la deuxième moitié du cahier pour être exacte. Cet enseignement était central et montre bien l’importance de ces techniques et leur diversité.

Si l’on veut aujourd’hui apprendre ces techniques; il faut avoir la chance de trouver des ouvrages conçus avant les années 1970. Les encyclopédies des « ouvrages de dames » y consacraient toujours quelques pages après les techniques de couture et avant les leçons de tricot et de crochet.

A partir de plusieurs ouvrages anciens que je possède, je vais pouvoir vous offrir un récapitulatif des différentes techniques.

Les techniques traditionnelles de reprisage :

* Le rapiécetage

( terme employé par Thérèse de Dilmont dans son Encyclopédie des ouvrages de dames, DMC ) Cela était pratiqué quand le trou était trop grand pour être reprisé ou quand il fallait intervenir sur une ancienne reprise. Cela consistait à découper un morceau du vêtement et à coudre une pièce provenant d’un autre tissu le plus proche possible. On distinguait la pièce à couture rabattue, la pièce avec surjet ou encore plus rare et délicat la pièce avec des fils coulés. Les pièces ont toujours des formes rectangulaires ou carrées car il fallait les découper impérativement dans le droit fil et soigner les angles.

* La reprise.

Il en existe plusieurs sortes :

1° La reprise au point de toile : C’est la technique qui a le plus traversé les époques et dont on parle le plus sur internet. Il faut rendre le trou plus net en le coupant pour qu’il forme un carré. Il s’agit ensuite, sur l’envers du tissu, de faire des petits points dans le sens de la chaîne  à deux cm du trou puis de tendre des fils au dessus du trou pour ensuite dans l’autre sens, celui de la trame, faire de même et tisser le fil.

2° La reprise satinée, croisée ou damassée : C’est le même principe que la technique précédente sauf que cette fois on s’emploie à reproduire le tissage d’origine du tissu s’il était damassé par exemple.

3° La reprise perdue : il s’agit d’une reprise que l’on fait sur un accroc quand on peut encore rapprocher les bords. Pour ce genre de reprise, il était fréquent d’utiliser des cheveux pour repriser de manière invisible en les coulant dans la trame ( cf schéma ci dessous , le fil fin sur le schéma du bas est un cheveu )

La reprise au point de feston : On l’emploie pour les mêmes besoins que la reprise d’un trou mais cette reprise est plus solide que le point de toile. Thérèse de Dilmont n’en parle pas, j’ai trouvé cette reprise dans une encyclopédie de 1969  d’ouvrages féminins (sans auteur et sans éditeur précis désolée. )

5° Le stoppage : Il s’agit d’une reprise de « grand art » qui consistait à ôter des fils d’un vêtement dans des parties peu visibles comme un ourlet ou une doublure pour aller les couler autour de la partie trouée de manière à refaire à l’identique le tissage de la toile du vêtement avec les mêmes fils.

* Le ravaudage et remaillage :

Ce sont les reprises sur tricot. Cela consiste à refaçonner des mailles usées grâce à un point fait à l’aiguille comme le montre les schémas ci dessous.

 

Le reprisage aujourd’hui, un acte de résistance, et nouvelle tendance de la mode.

Depuis quelques années, on voit fleurir sur les réseaux sociaux créatifs ( Pinterest et Instagram en particulier ) des reprisages bien particuliers. Des reprisages, qui loin de se cacher comme ceux de nos grands mères, s’assument et se montrent. Ils disent et revendiquent le refus de la mode jetable, ils provoquent par leur aspect « grossier ». Ils transforment le vêtement en œuvre d’art parfois tant il est rebrodé, quilté comme un patchwork.

On les trouve sous le # visiblemending par exemple.

C’est la reprise que j’aime pratiquer parce qu’elle est plus ludique, et plus rapide. Voici un aperçu de ce que vous pouvez faire :

Différentes manières de faire des reprises visibles aujourd’hui :

  • Sur une chaussette, sachez qu’il vaut mieux intervenir avant que le trou ne se forme. Quand la trame commence à s’user vous pouvez avec  un point de chainette par exemple recouvrir la partie usée. ( photo ) Si le trou est présent vous devez faire une reprise au point de toile. Travaillez avec un fil de laine et ne serrez pas votre toile car elle rétrécira au  lavage , mieux même, elle feutrera et fermera bien le trou. Vous devrez utiliser un oeuf de reprisage pour le confort , si vous n’en avez pas,  choisissez une pomme, un oeuf dur, un galet etc …

La mode est de pratiquer ces reprises avec un fil volontairement d’une autre couleur que la chaussette. Sur les chaussettes vous pouvez vous contenter de faire un tour avec un fil au point avant sur le tour du trou et de tendre les fils d’un points à l’autre. ( cf photo )

 

  • Pour les trous dans les pulls, on peut pratiquer le point de toile ou un point de beauvais. Il s’agit d’un point de chaînette en tourbillon. Avec votre fil, fermez grossièrement votre trou puis dessus formez votre point de chaînette.

  • Vous aurez à réparer souvent un trou sur un pantalon : Les techniques sont très nombreuses.

– Vous pouvez coudre une pièce à la machine en utilisant le point de reprisage de votre machine à coudre. Mais cela demande de découdre la jambe du pantalon et c’est très embêtant je trouve.

– Une autre technique s’offre à vous, plus ludique. Voici le pas pas à pas en image. J’ai utilisé un ruban thermocollant qui sert d’habitude pour faire les ourlets sans couture parce qu’on m’en avait donné. Mais vous pouvez utiliser une toile thermocollante en découpant une pièce plus grande que votre tissu imprimé et en le collant par dessus cette dernière de manière à ce qu’il la fixe sur le revers du pantalon. Vous pouvez vous amuser à reproduire des schémas de broderie sashiko.  ( rq : Pour la rosace du genou d’Anouk j’ai tracé des ronds façon rosace au feutre effaçable avec un petit verre d’ eau.)

– Vous pouvez effectuer aussi une reprise au point de feston.

  • Vous pouvez aussi effectuer une reprise qui consistera broder par dessus le trou ou l’usure. Des points lancés multicolores ou même des mots ou des fleurs, tout est permis.

RQ : Toutes les techniques présentées ici sont volontairement des techniques de couture à la main sans machine. Pas d’excuse ! Le mieux est de réunir plusieurs vêtements à réparer et de faire ça devant un bon film !

****

Je vous félicite d’avoir fait défilé jusqu’au bout ! Je vous invite à me montrer vos reprises visibles ou invisibles sur Facebook et Instagram sous le #résisteprouvequetureprises. Rendons la reprise cool et surtout confions là aussi aux mecs, histoire d’enterrer correctement toutes les raisons qui ont fait reléguer les reprises aux rayons des antiquités !

15 thoughts on “Résiste, prouve que tu reprises !

  • mars 2, 2018 at 1:06
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    Merci pour cet édifiant article! J’adore coudre, suis pro zéro déchet, récup, et minimalisme, alors je crois que votre blog, que je découvre sur les conseils d’une amie, est fait pour me séduire!

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  • mars 2, 2018 at 2:37
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    Ton article me parle beaucoup. Je reprise depuis plusieurs années, les jeans surtout, soit en version discrète en cousant à la machine une pièce de jean pour combler le trou (pour les jeans d’adulte pas trop serrés, pas besoin de découdre au préalable, on peut se débrouiller en « racrapotant » le tissu, soit en version assumée en cousant un morceau de tissu contrastant. Je vais tester la broderie en mode sashiko, ça rend super bien sur le pantalon d’Anouk ! J’ai récupéré pas mal de vieilles laines à repriser en parfait état. Ton article me donne envie de me mettre au remaillage 🙂
    J’ai écrit un billet sur comment réparer un jeans troué il y a plusieurs années : https://laissonsluciefaire.com/2013/10/28/la-recup-comment-reparer-son-jeans-troue/
    C’est l’article le plus consulté à ce jour sur mon blog, preuve que le sujet en intéresse plus d’un 🙂

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  • mars 2, 2018 at 7:26
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    Extra ! merci !! j’avais déjà chercher en vain sur internet.
    J’avais énormément aimé l’exposition Indigo à la bibliothèque Forney, et tout particulièrement les vêtements japonais mille fois reprisés, rapiécés… de véritables oeuvres d’art.
    Et cet automne, à la Biennale de Venise, j’ai été touchée par la performance de Lee Mingwei : The mending project qui mettait justement le rapiéçage au coeur d’un processus de reconstruction du lien social. poétique, beau et généreux.

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  • mars 2, 2018 at 7:30
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    Extra ! merci !! j’avais déjà chercher en vain sur internet.
    J’avais énormément aimé l’exposition Indigo à la bibliothèque Forney, et tout particulièrement les vêtements japonais mille fois reprisés, rapiécés… de véritables oeuvres d’art.
    Et cet automne, à la Biennale de Venise, j’ai été touchée par la performance de

    Reply
  • mars 2, 2018 at 7:31
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    Extra ! merci !! j’avais déjà chercher en vain sur internet.
    J’avais énormément aimé l’exposition Indigo à la bibliothèque Forney, et tout particulièrement les vêtements japonais mille fois reprisés, rapiécés… de véritables oeuvres d’art.
    Et cet automne, à la Biennale de Venise, j’ai été touchée par la performance de Lee Mingwei (The Mending Project) qui justement met le rapiéçage au coeur de la reconstruction d’un lien social, un geste artistique poétique et généreux.

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  • mars 7, 2018 at 9:51
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    Merci, merci, merci !!!!! je désespérais de trouver les explications de ces techniques du coup j’ai testé plein de bidouillages mais de manière pas toujours très concluante il faut l’avouer…
    Je vais aller voir ma pile de vêtements à rafistoler du coup

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  • mars 8, 2018 at 6:20
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    Merci!! La pile de pantalon des ptits gars va diminuer grâce à votre article.

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  • mars 13, 2018 at 8:30
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    Merci pour ton article et d avoir pris le temps de l écrire ! J ai hâte d avoir un trou

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  • mars 20, 2018 at 8:08
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    Bonjour,
    Merci pour cet article passionnant ! En ce moment je me pose énormément la question du zéro -déchet et de la liberté de la femme justement ! Je suis en plein dilemme ! Qui reprise, qui fait le ménage, le repassage, cuisine à la maison, « gère » la famille ? Le plus souvent nous les femmes , et peut-être que tout ce temps est un temps perdu pour d’autres activités ?!En même temps il y a effectivement la notion de plaisir : c’est agréable de coudre, de créer … ! Et puis à travers aussi ces cours de couture dont vous parlez il y avait une transmission de savoir-faire qui permettait de se débrouiller en toutes circonstances, avec peu d’argent : ma grand-mère a habillé ses enfants comme elle le souhaitait, sans argent, et du coup n’était pas enfermée dans une classe sociale marquée par le vêtement, elle se cousait des vêtements vus dans la presse féminine de l’époque, évidemment inabordables sinon … Ensuite ma mère a cousu et tricoté avec le magazine 100 idées (je ne sais pas si vous connaissez : une mine d’or créative des années 70 -80) et qui était justement féministe aussi, en proposant de libérer sa créativité à travers les travaux d’aiguilles tout en répondant à un vrai besoin domestique. C’est sans doute dans ce chemin que nous nous dirigeons (mais on voudrait que les hommes s’impliquent plus aussi …!) ! Voici le blog communautaire 100 idées : http://les-centidealistes.over-blog.com … Très bonne semaine !

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  • avril 26, 2018 at 11:22
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    Bonjour ! Merci pour cet article qui va me permettre de repriser encore mieux mes vêtements ! La plus grosse partie de reprisage me concernant se fait sur les chaussettes. J’ai voulu essayer le point de chainette sur une trame pas encore trouée, mais j’ai pas dû tout bien comprendre parce que ça ne faisait pas une trame régulière du tout ^^ Comment liez vous les différents rangs de point chainette ? Pourriez vous détailler un peu plus cette partie ? Ça m’intéresse beaucoup.

    Merci pour cet article super détaillé en tout cas, continuez à nous inspirer autant ! 😀

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  • mai 17, 2018 at 7:38
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    Quelle découverte! Je viens de « tomber » sur votre site et j’en suis tombée sur ….Je suis une race disparue : dernière cuvée « Monitrice d’Enseignement Ménager » et féministe convaincue !!! Mais faire travailler ses doigts et sa tête (car pour créer il faut construire sa pensée) ce n’est ni masculin ni féminin!!!! .J’étais très triste que toutes ses connaissances techniques disparaissent , super de les faire revivre ,qui plus est, dans un contexte de zéro déchets !
    Des trucs ? 1968, ça vous parle ? On tricotait les collants pour faire des tapis de bain après les avoir teint, on faisait des liminaires en ficelle et en carton ..(aujourd’hui c’est Ikea qui les vend!!).

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  • juillet 2, 2018 at 11:06
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    Que c est beau…ça donne envie de faire des petits trous….
    Merci pour les idées de reprise sur les genoux de pantalons
    L article de fond est très intéressant, je vais vérifier dans la bibliothèque que je ne possède pas un manuel de couture un peu ..ancien

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  • septembre 3, 2018 at 7:50
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    OMG! cet article est PASSIONNANT !
    j’ai toujours été assez naze en couture mais ai pris l’habitude de rapiécer ou repriser tant que faire se peut, car je DÉTESTE jeter !!!
    Merci pour toute cette peine et ce partage !

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  • septembre 10, 2018 at 11:12
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    Merci pour le partage. Je transmets direct à mon mari 🙂

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